Académie de la Poésie Française Pérenniser et faire rayonner la poésie classique et néo-classique en France et à l’étranger

Victor Hugo, un mythe

Victor Hugo et son jardin secret pour la musique de l’âme avec Beethoven ou la fleur qui chante

2026 04 24 rina victor hugo et beethoven

Rina Dupriet ouvre le jardin secret de Victor Hugo où la musique de l’âme chante son admiration pour Beethoven.

Bien qu’ami d’Hector Berlioz et de Franz Liszt, Victor Hugo admirait éperdument Ludwig van Beethoven son aîné et savait mieux que quiconque lui rendre régulièrement un magnifique hommage comme seul Hugo a pu le faire.

 

Un texte inédit jusqu’en 1914 livré aujourd’hui au public nous montre à quel point Hugo était sensible à ce qu’il appelle « la dilatation de l’âme dans l’inexprimable ». Relisons plutôt ensemble quelques extraits d’un délicieux texte qui loue la création de ce musicien qui a aussi inspiré une poésie foisonnante de son époque.

 

« Ce sourd entendait l’infini » disait Hugo en parlant de Beethoven.

« Penché sur l’ombre, mystérieux voyant de la musique, attentif aux sphères, cette harmonie zodiacale que Platon affirmait, Beethoven l’a notée.

 

Les hommes lui parlaient sans qu’il ne les entendit ; il y avait une muraille entre eux et lui ; cette muraille était à claire-voie pour les mélodies de l’immensité. Il a été un grand musicien, le plus grand des musiciens, grâce à cette transparence de la surdité.

 

L’infirmité de Beethoven ressemble à une trahison ; elle l’avait pris à l’endroit même où il semble qu’elle pouvait tuer son génie et chose admirable, elle avait vaincu l’organe, sans atteindre la faculté.

Beethoven est une magnifique preuve de l’âme

et du corps éclaté, d’un corps paralysé et d’une âme envolée.

Ah ! Vous doutez de l’âme s’exclamait Hugo .

Et bien, écoutez Beethoven.

Cette musique est le rayonnement d’un sourd.

Est-ce le corps qui l’a faite ?

Cet être qui ne perçoit pas la parole engendre le chant.

Son âme, hors de lui, se fait musique.

Que lui importe l’absence de l’organe !

Le verbe est là, toujours présent.

Beethoven s’en pénètre tous les pores de l’âme ouverts.

Il entend l’harmonie et fait la symphonie.

Il traduit cette lyre par cet orchestre.

Les symphonies de Beethoven sont des voix ajoutées à l’homme.

Cette étrange musique est une dilatation de l’âme dans l’inexprimable.

L’oiseau bleu y chante, l’oiseau noir aussi.

La gamme va de l’illusion au désespoir, de la naïveté à la fatalité, de l’innocence à l’épouvante.

La figure de cette musique a toutes les ressemblances mystérieuses du possible.

Elle est tout. C’est un profond miroir dans une nuée.

Le songeur y reconnaît son rêve, le marin son orage, Erwyn de Steinbach* sa cathédrale et le loup sa forêt.

Parfois il y a des entre-croisements impénétrables.

Avez-vous vu dans la Forêt Noire ses branchages démesurés où la nuit est prise comme un épervier dans un filet et se résigne sinistrement, ne pouvant s’en aller.

La symphonie de Beethoven a de ces halliers inextricables.

Et tout à coup, si le rossignol était là, il se mettrait à écouter, croyant que c’est quelqu’un comme lui qui chante.

Le rossignol se tromperait, c’est mieux que lui, il n’est que dans l’ombre.

Beethoven est dans le mystère.

La mélodie du rossignol n’est que nocturne, celle de Beethoven est magique !

Il y a dans l’âme des jeunes filles une fleur qui chante.

C’est cette fleur qu’on entend dans Beethoven.

De là une suavité incomparable, plus qu’un chant, une incantation.

Cependant, la vie réelle entre brusquement dans ce songe.

 

Au milieu de son monstrueux et charmant poème, Beethoven donne un bal, il improvise une fête, il secoue des castagnettes, il tape sur un tambourin ; toutes les danses tournoient et passent, de la valse jusqu’au jaléo, les bras entrelacés serrent les seins contre les poitrines ; à l’écart dans la clairière, le jeune homme rougissant salue l’étoile où il voit une vierge, des sourires de belles filles apparaissent en montrant des dents pleines de lumière ; des enfants et des moineaux jasent, les troupeaux bêlent, on entend la clochette des vaches rentrantes, il y a des chaumières sous les saules et c’est là, le bonheur, la famille, la nature, la prairie, la floraison d’août, la jeunesse, la joie, l’amour, avec l’horreur secrète d’Irminsul *debout là-bas sous des arbres, les ténèbres « .

 

On a longtemps voulu faire croire que Victor Hugo n’était pas mélomane. Il n’en est rien et ce magnifique texte illustre superbement son amour de la musique et notamment celle de Beethoven à qui il vouait une admiration sans borne. Victor Hugo ne distribue pas ses éloges à la légère. Ses jugements sont souvent tranchants et Mozart par exemple n’échappe pas à sa sévérité : il le juge trop proche de Louis XIV. Hugo va alors comparer la 5ème symphonie à la façade d’une cathédrale. Il dira d’ailleurs de Notre Dame de Paris qu’elle se présente comme « une vaste symphonie en pierres ».

 

Avec la neuvième symphonie, véritable chef d’œuvre de Beethoven reconnue du monde entier, Hugo écrira alors : « il y a encore des idiots qui continuent à écrire des symphonies, sans se douter, le moins du monde, que la dernière a été faite depuis longtemps ».

La dernière pour lui était bien celle de Beethoven !

 

Avec ce franc parler, Hugo nous ouvre une petite partie de son jardin secret, celui de « la musique de l’âme » dira t-il.

 

Essai de Rina Mallone-Dupriet

Le 10 avril 2026

 

 

*Erwyn de Steinbach : (1244-1318) architecte allemand considéré comme l’un des maitres de la cathédrale de Strasbourg

 

*Irminsul : sorte de totem ou de pilier sacré

 

 

 

 

 

 

 

Sur les traces de Victor Hugo à Villequier

Le 21 mai 2022, dans un geste symbolique, au nom de l’Académie de la poésie française, Angélique Sion jetait une gerbe de fleurs  dans la Seine au pied de la maison Vacquerie à Villequier. Cette ancienne maison de l'armateur Charles Isidore Vacquerie, a été le théâtre d’un drame qui a marqué à jamais le poète Victor Hugo.

« Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. (…)

Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

... »

Dès que l’on pénètre dans le jardin de cette superbe demeure, la mélancolie nous saisit : la mort d’un jeune couple, la douleur d’une famille endeuillée à jamais, la culpabilité d’un père, et la Seine qui s’en va rejoindre la mer, indifférente aux événements.

La maison Vacquerie est étroitement attachée à la vie et à l’œuvre de Victor Hugo. Les liens unissant les deux familles datent de 1837 lorsque Auguste Vacquerie demande au chef de fil des Romantiques, l’autorisation de représenter Hernani. Il s’ensuivra une amitié indéfectible. Journaliste, écrivain, Auguste Vacquerie suivra Victor Hugo en exil et sera même un de ses exécuteurs testamentaires.

Armateur fortuné du Havre, le père Charles Isidore Vacquerie(1779-1843) acquiert cette maison comme résidence secondaire. Son fils, Charles, épouse Léopoldine Hugo, fille du célèbre écrivain. Il périt avec son épouse en voulant la sauver de la noyade. Ils sont inhumés au cimetière de Villequier avec l’oncle et le neveu qui les accompagnaient, rejoints plus tard par Adèle, épouse de Victor Hugo, puis par leur deuxième fille également prénommée Adèle.

Depuis 1959, la maison s’est transformée en musée sous l’impulsion du conseil général de Seine-Maritime, qui a racheté les bâtiments en 1951. Les différentes donations des héritiers ont permis de reconstituer le passé des familles Hugo et Vacquerie. Tout d’abord le souvenir de Léopoldine : correspondance, cahiers de dictée, portraits...puis l’accident par lui-même avec entre autre le fac-similé de l’article d’Alphonse Karr par lequel Victor Hugo apprend la mort de sa fille alors qu’il rentre de voyage avec Juliette Drouet. La salle de billard propose un itinéraire de l’œuvre hugolienne à travers des dessins, portraits, gravures… On retrouve également l’attachement du poète pour les enfants à travers les dessins de Toto et Pista ou encore les bons points farfelus qu’il glissait sous les serviettes de ses petits-enfants

Ce lieu chargé d’histoire et de lettres, retrace tout un pan de la vie sociétale, artistique et intime de deux familles qui ont marqué leur époque.

Mireille HEROS

25 mai 2022

Lien avec le musée

A lire : Mes maisons d’écrivains d’Aragon à Zola – Victor Hugo à Villequier. Evelyne Bloch-Dano chez Stock

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Extrait du journal par lequel victor hugo apprend la mort de sa fille 20220521 150524

Victor Hugo par Jeanne Ozbolt

Un mythe Victor Hugo ? Oui, par la dimension colossale de son œuvre littéraire et graphique et par sa vie, mêlée aux soubresauts violents du XIXe siècle, du Premier Empire à la IIIe République, Victor Hugo est un véritable mythe. Jeanne Ozbolt découvre Victor Hugo à l'âge de 8 ans, quand sa grand-mère lui fait lire le roman Quatre-vingt-treize. C’est le coup de foudre à tel point qu’elle prénommera son fils Victor. Elle consacre à ce monument de la littérature un livre tout simplement titré Victor Hugo qui relate la vie du poète, écrivain et homme politique. Plutôt que de présenter son livre, Jeanne Ozbolt, invitée de la conférence du 12 avril, avait organisé un véritable récital avec la complicité de Jean-François Blavin et Nicole Durand pour la lecture des poèmes choisis.

 

Jeanne Ozbolt a travaillé dans les bibliothèques de la Ville de Paris, particulièrement à la Bibliothèque de l’Hôtel de Ville de Paris, où elle a occupé le poste de conservatrice responsable du Service des publications en série. Elle a participé, dans le cadre de l’animation culturelle des bibliothèques, à la préparation d’une exposition sur le Romantisme fantastique, où elle a traité les écrivains romantiques russes et Victor Hugo. Une bibliographie sélective a été réalisée par le groupe. En 2008, elle a effectué des recherches historiques et topographiques qui ont contribué à l’exposition Paris au temps des Misérables de Victor Hugo, au Musée Carnavalet.

 

Victor Hugo, le livre de Jeanne Ozbolt

Victor Hugo naît avec son siècle, le 26 février 1802. Il connaît tous les honneurs, légion d'honneur à 23 ans, Académie française à 39 ans, pair de France à 43 ans. Admiré par Chateaubriand, il devient le chef des romantiques, et Notre-Dame de Paris, en 1831, lui apporte la célébrité. Après la révolution de 1848, il est élu représentant à l'Assemblée législative. Le spectacle des injustices sociales accélère sa métamorphose politique.


Opposant irréductible au Second Empire, il connaît un exil de dix-neuf ans, avec Juliette Drouet, sa fidèle compagne. Les Misérables, en 1862, sont un succès planétaire et ils sont traduits dans le monde entier. De retour à Paris, ses combats l'habitent : l'amnistie des communards, l'instruction des enfants, la peine de mort, la liberté, la paix, la défense du patrimoine... Il est élu sénateur en 1876.


Sa vie familiale est une tragédie : folie et mort de son frère Eugène, trahison d'Adèle, mort de sa fille Léopoldine et de ses deux fils. Le seul enfant qui lui survivra est Adèle, enfermée à l'asile, mais Georges et Jeanne, ses petits- enfants, sont une source de réconfort et d'inspiration infinie. Les Parisiens fêtent son 80e anniversaire. A sa mort, le 22 mai 1885, la République offre pour la première fois à un poète des funérailles nationales.


Deux millions de personnes l'accompagnent au Panthéon. Un mythe Victor Hugo ? Oui, parla dimension colossale de son oeuvre littéraire et graphique et par sa vie, mêlée aux soubresauts violents du XIXe siècle, du Premier Empire à la IIIe République. L'étude de sa postérité éclaire le précurseur des Etats-Unis d'Europe. Commémorations et citations le célèbrent. Son nom est partout, il est donné à des établissements scolaires, rues et places.
Dans toutes les langues, ses romans et pièces de théâtre sont adaptés au cinéma, à e la télévision et dans des comédies musicales. En 2020, la cérémonie d'hommage à Samuel Paty, le professeur assassiné, s'est faite au pied de la statue de Victor Hugo, dans la cour de la Sorbonne. Le symbole est puissant.