Pour chasser les tourments de tes nuits sans repos
Tu tentes d’apaiser cette rage de vivre
Sur les vagues où danse un frêle “Bateau ivre”
Chavirant au roulis indocile des flots.
Ta “Saison en enfer” de délires grimace…
Comme toile de fond Londres avec ses brouillards,
La passion meurtrie et les matins blafards
Laissent un goût de fiel, d’insolence et d’audace...
Toi, poète maudit à l’esprit tourmenté,
Aux dérives n’offrant que des aubes amères,
Des plaisirs sulfureux et des paix éphémères,
Coeur vacillant entre révolte et liberté
Qu’espérais-tu trouver au fil de ton errance ?
Sous d’autres horizons tu connus d’autres maux
Quand tu partis bien loin voguer sur d’autres eaux
Si loin de ta patrie, ô si loin de la France !
Que cherchais-tu, toi “l’homme aux semelles de vent”
Toi qui souffris les peurs de la pâle “Ophélie”
Et craignais de sombrer dans la même folie ?
Que n’as-tu donc gardé ton cœur d’adolescent !
Lorsque tu mis tes pas dans les pas de Verlaine,
Comme deux vagabonds en quête d’infini,
Sous la fièvre et l’ardeur de l’amour interdit
Vous connûtes l’ivresse et les feux de la haine.
Pécheurs impénitents, diseurs de madrigal,
L’absinthe éthérisait vos nuits hallucinées
Et noyait vos démons jusques à la nausée
Dans les vapeurs d’alcool d’un joyeux bacchanal.
Tes vers venaient mourir, soudain pris de vertige,
Sur ta bouche entrouverte en un flot déferlant
De rires, de chansons, et de mots infâmants
Prêtés aux dévoyés que l’éthique fustige.
Les scènes de ménage usent la passion…
La poésie offrait une trêve aux tumultes
De ce cercle interlope où tu jetas, adulte
Les mots de ton recueil “Illuminations”.
Ta vie entière fut un effrayant désordre
Avec une jeunesse exaltant tes talents
De poète aux pensers toujours ambivalents
En aiguisant tes crocs comme un loup prêt à mordre…
Enrôlé pour six ans dans de lointains combats,
Après quelques matins de rude discipline
À toujours obéir, toujours courber l’échine
Tu demeurais farouche… Alors tu désertas…
Adieu Java dans les Indes Néerlandaises…
L’Afrique t’appelait, tu partis en exil
Vers cet étrange ailleurs, sans souci du péril !
Et sans souci de tes racines ardennaises…
Indomptable génie et du bien et du mal,
Ta Plume t’a sacré comme immense Poète.
Dans chacun de tes mots, ton âme se reflète
Et près de toi repose ton “Dormeur du val”…
Ton œuvre magistrale, exaltante, infinie
Restera pour beaucoup “Voyelles”, “L’âge d’or” ;
Tes derniers mots “Quelle allégresse dans la mort…”
“Vers cette éternité nommée Abyssinie…”
Furent balbutiés en ce jour automnal
Quand tu les chuchotas sur ton ultime couche,
Lors de l’ultime souffle exhalé de ta bouche…
Ta sœur les recueillit comme un écho final…