La bohème a quitté ses habits de lumière,
Le vieux Paris n’est plus, en parler c’est rétro,
Sur son cœur se flétrit une rose trémière ;
Plus un petit trou dans les tickets de métro…
Sur les bancs publics, on ne se dit plus je t’aime !...
Le poinçonneur parti, la porte des lilas
A perdu ses parfums ; n’en reste qu’un poème ;
Ménilmontant est chic, tout a changé, hélas !
Montparnasse a chassé ses ateliers d’artistes,
Les loyers sont trop chers pour les désargentés.
Dans le quartier latin promènent des touristes
Qui visitent ces lieux plus vraiment habités…
La Bastille n’est plus un quartier populaire,
Les bourgeois du Marais ne vivent plus qu’entre eux,
Plus un pauvre n’y vient promener solitaire,
Les riches, les bobos chassent les miséreux…
Montmartre est devenue une carte postale,
Les peintres de jadis en seraient délogés,
Les commerçants chinois gobent la capitale,
Aux vendeurs de marrons, on a donné congés…
L’ancestral pont des Arts, aujourd’hui se lamente,
Quand revient le printemps, il n’est plus un jupon
Qui froufroute et s’envole, et rien ne l’agrémente ;
Il n’est plus de hasard, parti le vent fripon…
Les cabarets fermés, les chanteurs à guitare
N’ont plus pignon sur rue. À Saint-Germain des Prés,
On n’entend plus Juliette et la chanson est rare ;
L’époque est révolue, il n’y a plus d’après…
Oubliés, enterrés, les chants de la commune,
Du fond de son tombeau, Jean-Baptiste Clément,
Sous les voiles du deuil, cache son amertume ;
Son souvenir s’éteint, chaque jour, lentement...
Sans ses poulbots Paris, Paris n’est plus Paname,
Charles, Victor, Eugène en perdraient leur latin,
Tous les marchands de biens en ont corrompu l’âme
Et la ville lumière a des airs de catin ! …
Philippe Lemoine