Académie de la Poésie Française Pérenniser et faire rayonner la poésie classique et néo-classique en France et à l’étranger

La Terza Rima en quelques lignes

Jeu de vers et de rimes la terza rima dante la divine comedieLa Terza Rima a été importée en France par Jean Lemaire de Belges. Elle a été utilisée par un certain nombre de poètes, parmi lesquels on peut citer J. Bouchet, Melin de Saint-Gelais, Marot, Th. de Bèze, Des Masures, Marguerite de Navarre et Pernette du Guillet. Dans son Art poétique, Sebillet la mentionne, et elle bénéficie pendant quelque temps de l'appui qu'elle trouve dans l'autorité de Luigi Alamanni, auteur d'un grand nombre de pièces composées selon ce mode. Baïf, Pontus de Tyard, Jodelle, et plus tard Desportes en font encore usage. Mais déjà Ronsard et Du Bellay la dédaignent. Des Masures est le seul à l'avoir écrite en octosyllabes, au lieu des décasyllabes habituels. Lorsque Jodelle prend l'initiative de l'écrire en alexandrins, elle est déjà presque abandonnée et ne va pas longtemps survivre. On l'oublie pendant tout le xviie siècle et tout le xviiie;

Elle se compose de tercets où les rimes suivent un schéma de typê ABA, BCB, CDC... Elle a été créée par Dante Alighierie dans son oeuvre majeures : La divine Comédie.

Quand Michel-Ange eut peint la chapelle Sixtine,
Et que de l'échafaud, sublime et radieux,
Il fut redescendu dans la cité latine,

Il ne pouvait baisser ni les bras ni les yeux ;
Ses pieds ne savaient pas comment marcher sur terre ;
Il avait oublié le monde dans les cieux.

Trois grands mois il garda cette attitude austère ;
On l'eût pris pour un ange en extase devant
Le saint triangle d'or, au moment du mystère.

Frère, voilà pourquoi les poètes, souvent,
Buttent à chaque pas sur les chemins du monde ;
Les yeux fichés au ciel, ils s'en vont en rêvant.

Les anges secouant leur chevelure blonde,
Penchent leur front sur eux et leur tendent les bras,
Et les veulent baiser avec leur bouche ronde.

Eux marchent au hasard et font mille faux pas ;
Ils cognent les passants, se jettent sous les roues,
Ou tombent dans des puits qu'ils n'aperçoivent pas.

Que leur font les passants, les pierres et les boues ?
Ils cherchent dans le jour le rêve de leurs nuits,
Et le jeu du désir leur empourpre les joues.

Ils ne comprennent rien aux terrestres ennuis,
Et, quand ils ont fini leur chapelle Sixtine,
Ils sortent rayonnants de leurs obscurs réduits.

Un auguste reflet de leur œuvre divine
S'attache à leur personne et leur dore le front,
Et le ciel qu'ils ont vu dans leurs yeux se devine.

Les nuits suivront les jours et se succéderont,
Avant que leur regard et leur front ne s'abaissent,
Et leurs pieds, de longtemps, ne se raffermiront.

Tous nos palais sous eux s'éteignent et s'affaissent ;
Leur âme à la coupole où leur œuvre reluit,
Revole, et ce ne sont que leurs corps qu'ils nous laissent.

Notre jour leur paraît plus sombre que la nuit ;
Leur œil cherche toujours le ciel bleu de la fresque,
Et le tableau quitté les tourmente et les suit.

Comme Buonarroti, le peintre gigantesque,
Ils ne peuvent plus voir que les choses d'en haut,
Et que le ciel de marbre où leur front touche presque.

Sublime aveuglement! Magnifique défaut !

Théophile Gautier

Recueil : La comédie de la mort