Académie de la Poésie Française Pérenniser et faire rayonner la poésie classique et néo-classique en France et à l’étranger

La Fontaine Jean

Une journée avec Jean de la Fontaine

Château-Thierry offre au regard du visiteur le charme suranné d’une ville de province. Mais Château-Thierry est bien plus qu’une bourgade. Elle est la ville natale de fabuliste préféré des Français : Jean de la Fontaine.

Jean de la Fontaine naît rue des Cordeliers dans la maison familiale, le 8 juillet 1621 et sera baptisé en l’église Saint Crespin, patron des savetiers que l’on retrouvera dans l’une de ses fables. Chez les la Fontaine on est de bourgeoisie récente : quatre générations, enrichies dans le commerce du drap. Le grand-père met à profit ce début de fortune pour acquérir une charge de maître des eaux et forêts. Le petit fils fera de même en 1652, avec une charge de maître particulier triennal des eaux et des forêts du duché de Château-Thierry. Une tâche qui ne passionne pas notre poète qui la revend intégralement en 1672

Pousser la porte de sa maison , c’est plonger au cœur d’un univers fabuleux et imaginaire dans lequel les animaux, doués de parole, instruisent les hommes. Dans le jardin, la fable « la cigale et la fourmi » se lit comme un chemin de croix, c’est-à-dire d’image en image.

L’école buissonnière

L’enfance du fabuliste a pour théâtre la nature. Pour sa famille, toutes les occasions sont bonnes pour aller festoyer et dormir dans leurs fermes et leurs bois. Au collège de Château-Thierry, la Fontaine fait la connaissance des deux frères Maucroix dont François restera son plus fidèle ami, son autre moi-même. Deux mois avant ses vingt ans, il entre au couvent de l’Oratoire à Paris, une des plus sévères congrégations religieuses de l’époque. Très vite, il réalise que la prêtrise n’est pas faite pour lui mais il y apprendra le latin qui lui sera fort utile pour traduire les fables d’Esope.

Il rejoint Paris et le Quartier Latin et ses gaillardises

Les palatins de la table ronde

Paris où il étudie le droit avec Maucroix et Antoine Furetière. A ce moment, il fréquente  une société d'amis jeunes et lettrés avec Tallemant des Réaux (le futur auteur des Historiettes),  Paul Pellisson (qui sera secrétaire et ami de Fouquet, puis  Académicien...), Patru (avocat et lexicologue), Antoine Rambouillet de La Sablière (qui épousera Marguerite Hessein, la future protectrice de La Fontaine). Cette libre académie de jeunes "palatins" se nomme la "Table ronde".

En 1647, poussé par son père, La Fontaine épouse Marie Héricart, petite cousine de Racine. Il a 26 ans, elle en a 15 et une jolie dot.

Un grand rêveur

En 1654,  La Fontaine publie, sans signature,  son premier ouvrage qui paraîtra en librairie : L'Eunuque, adapté de Térence, comédie en 5 actes et en vers. En 1658, il s’installe à Paris chez son oncle Jannart qui le présente au célèbre ministre des finances, Nicolas Fouquet, amateur d’art averti. Ce dernier lui alloue une « pension poétique » pour écrire à la gloire du château qui entraînera la chute du ministre : le Songe de Vaux. Cet ouvrage restera inachevé. Fidèle à son protecteur, La Fontaine implore la clémence de Louis XIV dans une ode célèbre : l’ode au roi. La Fontaine paiera cher sa fidèle amitié pour l’ex-ministre.. Un procès pour usurpation de noblesse lui vaut une lourde amende.

En 1664, à 43 ans, le succès lui sourit enfin grâce à ses premiers recueils de contes en vers quelque peu libertins. Mais c’est avec les fables qu’il connaîtra la notoriété. Le premier recueil « Fables choisies mises en vers » est dédié au Dauphin. Il reprend la formule utilisée par Esope : mettre en scène des animaux pour mieux caricaturer ses contemporains. La Fontaine révèle ainsi son génie littéraire.

Le succès de ses fables lui ouvrira, non sans difficultés, les portes de l’Académie Française,créée par Mazarin en 1635. Les opposants à son entrée sous la Coupole l’accusaient d’immoralité au travers de ses contes et nouvelles en vers. lancée contre les recueils de Contes et nouvelles en vers. Toujours est-il que La Fontaine, après une vague promesse de ne plus rimer de contes, est reçu le 2 mai 1684 à l’Académie, où, en sus du remerciement traditionnel, il prononce un Discours à Madame de La Sablière où il se définit, en une formule fameuse, comme « papillon du Parnasse ».

Soeur Jeanne

Soeur Jeanne ayant fait un poupon,
Jeûnait, vivait en sainte fille.
Toujours était en oraison.
Et toujours ses soeurs à la grille.
Un jour donc l'abbesse leur dit;
Vivez comme soeur Jeanne vit;
Fuyez le monde et sa séquelle
Toutes reprirent à l'instant:
Nous serons aussi sages qu'elle
Quand nous en aurons fait autant.

Dernier pied de nez aux bien pensants

Torturé par l’angoisse de paraître devant Dieu, la purification de son âme va jusqu’à la mortification de son corps. A sa mort, on découvre qu’il portait un cilice. Cependant, cela ne l’empêchera pas de composer lui-même son épitaphe, dans lequel il s'attribue un caractère désinvolte et paresseux. Cette paresse revendiquée peut être associée à la facilité de ses œuvres, qui n'est pourtant qu'apparente :

Jean s'en alla comme il était venu,
Mangeant son fonds après son revenu ;
Croyant le bien chose peu nécessaire.
Quant à son temps, bien sçut le dispenser :
Deux parts en fit, dont il souloit passer
L'une à dormir, et l'autre à ne rien faire.

Aujourd’hui, notre fabuliste repose au cimetière du Père Lachaise à Paris aux côtés de Molière.

Mireille HEROS

A lire :

- La Fontaine, une école buissonnière – Erik Orsenna de l’Académie française

- 15 fables célèbres racontées en argot – Marcus – Les éditions théâtrales Art et Comédie

- et bien sûr les fables de La Fontaine

 

 

 

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La Fontaine en 10 leçons, par Jérôme Hauser

Invité de la conférence du 12 novembre 2025, Jérôme Hauser nous a offert un tour de fables qui ont bercé notre enfance. Ce seul en scène prouve, si besoin en était, que l’on peut encore et toujours divertir avec le fabuliste préféré des Français : Jean de La Fontaine.

Jérôme Hauser a choisi de devenir comédien. Lui qui se destinait au monde de l’entreprise (finance, marketing, internet) est devenu instituteur. Il a pris le temps de se former chez un grand maître du théâtre : Jean-Laurent Cochet. Il se souvient du Maître qui avait mis les fables au cœur de son apprentissage. « Il connaissait leur pouvoir et nous apprenait à les dire avec conviction. Nous devions penser à un contradicteur imaginaire avec la ferme volonté de le convaincre ». Lui, l’instituteur redevient l’élève devant Maître Cochet qui en une seule fable reconnaissait le comédien en devenir.

"Il a fait sien ce que l’enseignement de Jean-Laurent Cochet avait de meilleur, écrit Maxime d’Aboville, acteur et metteur en scène, dans la préface du livret  La Fontaine en 10 leçons. Il parvient à faire croire aux spectateurs que ces textes vieux de plus de 400 ans, sont de lui."

En 2014, Jérôme Hauser monte son premier spectacle afin d’être prêt pour les 400 ans de La Fontaine en 2021. Il joue plus de cinquante fois son seul en scène au théâtre de l’Ile Saint-Louis et le redonnera le 16 février au théâtre de Passy

Les dix leçons de La Fontaine par Maître Jérôme Hauser.

Leçon 1 - On ne peut pas contenter tout le monde. Lorsqu’il monte son spectacle Jérôme Hauser se trouve confronté à un dilemme : comment interpréter La Fontaine tout en laissant une place à son autre poète préféré : Victor Hugo. Un clin d’œil en quelque sorte. Il en parle avec ses proches et bien sûr les avis divergent. Il hésite puis les réunit en leur déclarant comme le meunier de la fable (faire un lien : le meunier son fils et l’âne) : « Dorénavant, qu’on me blâme, qu’on me loue, qu’on dise quelque chose ou qu’on ne dise rien, je leur ai dit que j’en voulais faire à ma tête. J’ai donc ajouté un texte de Victor Hugo  : le mot ».

Leçon 2, 3 et 4 – Faites-en à votre tête mais soyez prudent. C’est justement le conseil que nous donne Victor Hugo dans son poème le mot . Néanmoins prenez garde aux choses que vous dites sinon vous finirez comme la tortue  dont l’étourderie et le manque de discernement ont conduit à sa propre perte. Méfiez-vous des flatteurs à l’instar de Maître Corbeau  sur son arbre perché qui en perdra son fromage même en verlan*. Ne vous faites pas plus malin que les autres à l’instar du lion et du  moucheron. Ne surestimez pas vos capacités vous tomberez toujours sur plus fort que vous comme le rat 

Leçon 5 – La loi du plus fort. La Fontaine nous montre, si besoin en était, que la raison du plus fort, du plus malin, du chacun pour soi est en quelque sorte une loi naturelle. On peut le constater à longueur de colonne dans les journaux et à la télévision. La fourmi  illustre très bien le chacun pour soi, le loup et l’agneau la raison du plus fort. La mouche du coche vient à point nommé pour pointer du doigt les « empressés » qui s’introduisent dans les affaires et ont un avis sur tout.

Leçon 6 – La liberté. Faire des choix pour trouver sa liberté entre le confort et la vie de bohème. Grande leçon que celle du loup et du chien . Un choix philosophique.

Leçon 7 – le rêve. Celui de Perrette et son pot au lait . Elle imagine qu’avec le prix de son lait, elle va pouvoir acheter un cent d’œufs qui va doubler, tripler, se transformer en veaux, vaches, cochons. Un faux pas et le rêve s’écroule.

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Leçon 8 – le temps. Perrette n’avait pas écouté la leçon de La Fontaine : rien ne sert de courir, il faut partir à point. Pas plus que le lièvre  quand il fait la course avec la tortue. Il faut arrêter de procrastiner c’est-à-dire de remettre au lendemain ce qui peut être fait le jour même. Dans la mort et le mourant, La Fontaine nous conseille de préparer sa vie mais aussi sa mort ou encore son veuvage 

Leçon 9 - L’amitié. Soyez prudents dans le choix de vos amis. Ne prenez pas le premier sot venu ! Pour preuve l’aventure de l’ours et l’amateur des jardins car « rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami ; Mieux vaudrait un sage ennemi »

Leçon 10 – L’amour. « Amour, amour quand tu nous tiens, on peut dire adieu prudence ». C’est tout l’objet de la fable que dédie La Fontaine à Madame de Sévigné . Sacha Guitry, pour sa part, avait eu l’idée d’inverser cette morale « Prudence, Prudence, quand tu nous tiens, on peut bien dire «Adieu l'Amour  ». La fable « les deux pigeons »  démontre que quand on aime, il ne faut pas voyager.

 

Un peu, beaucoup, énormément, passionnément … Jérôme Hauser effeuille une rose tout en déclamant l’amour et la folie. Mais le mot de la fin revient à La Fontaine :

 

« Si de vous agréer je n’emporte le prix

J’aurai du moins l’honneur de l’avoir entrepris »

 

Mireille HEROS

 

A lire : La Fontaine en 10 leçons – Fables intemporelles : tellement actuelles – 10 euros – disponible auprès de l’auteur à l’adresse suivante : jeromehauser73@yahoo.fr

Visionner

https://youtu.be/DP9su7Tj7uk

 

 

 

 

 

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Jérôme Hauser en quelques dates

Jérôme Hauser en quelques dates

 

1973 : naissance.

1996 : Dauphine : maîtrise de finance.

1998 : Sciences Po : master marketing communication.

1999 : Publicitaire.

2001 : Cours de théâtre de Jean-Laurent Cochet pendant cinq ans

2004 : Devient instituteur. Exerce dans le groupe scolaire Passy-Chernoviz (Paris, 16e).

2014 : Crée son premier seul-en-scène : « La Fontaine en 10 leçons. Plus de 50 dates jusqu'en 2021 au Théâtre de l'Île Saint-Louis.

2021 : Juin/Juillet : pour célébrer les 400 ans de la naissance de Jean de La Fontaine le 8 juillet 1621, participe avec la Mairie du 16e à la création d'un théâtre de verdure dédié à la découverte et à l'interprétation des Classiques.

2023 : Crée son second seul-en-scène : « Hugo et ses légendes » . Le 5 avril, donne son spectacle à L'Auditorium de l'Hôtel de Ville de Paris, pour la Société des Amis de Victor Hugo et fin juillet, « La Fontaine en 10 leçons » au festival du Théâtre de Verdure du Jardin Shakespeare au Pré Catelan dans le Bois de Boulogne (16e).