Académie de la Poésie Française Pérenniser et faire rayonner la poésie classique et néo-classique en France et à l’étranger

Christine de Pizan : la femme savante du Moyen-âge

Dans le cadre de la journée internationale des droits de la femme et du Printemps des Poètes, Mireille Héros animait le 13 mars 2024 une conférence consacrée à Christine de Pizan. Poétesse par goût et par obligation, déterminée et militante, Christine de Pizan est le plus grand auteur du XVème siècle. Féministe avant l’heure, elle défend avec opiniâtreté et constance, l’égalité des sexes et l’apport des femmes à l’art, la science et la politique, dans une société patriarcale et misogyne. Celle du Moyen-âge.

Après des poésies courtoises, elle compose de vastes constructions allégoriques, des traités de morale, des poèmes d’inspiration religieuse. A longueur de pages, elle raconte sa vie mais également celle du Moyen-âge. Elle y évoque son enfance, son arrivée à Paris, son bonheur de jeune mariée mais aussi les tristes années de son veuvage.

Christine de pizan chambre tapisserie chr2

 

Christine de Pizan naît à Venise en 1364, d’une mère vénitienne et d’un père bolognais : Thomas de Pizan, qui était physicien c’est-à-dire astrologue et médecin. Comme elle le raconte dans la « mutation de la fortune », elle fut une enfant désirée. Peu après la naissance de sa fille, Thomas de Pizan est appelé auprès du roi Charles V dit le Sage. Il s’était forgé une solide réputation par ses prédictions. Comme bon nombre de ses « confrères », la médecine lui servait surtout de « couverture » vis-à-vis de l'Église qui interdisait toute forme de voyance.

Christine est âgée de quatre ans lorsqu’elle rejoint son père à la cour du roi Charles V et ne quittera plus sa patrie d’adoption. Elle vivra cette installation comme une seconde naissance.

Thomas de Pizan constate rapidement que sa fille est dotée d’une intelligence et d’une mémoire hors du commun. Il aurait souhaité encourager sa fille dans la voie des études mais il se heurte au traditionalisme de sa femme qui la voyait plus à filer la laine et à s’occuper de son ménage comme c’était l’usage à l’époque.

Dans ses livres, Christine se flatte d’être née de « nobles parents » du pays d’Italie, riches de sciences et de vertus, tout en regrettant de n’avoir récolté que des miettes du savoir de son père.

« Des raclures et des paillettes

Des petits deniers, des maillettes

Choites de la très grande richesse

Dont il avait grande largesse »

Cependant, comme toutes les jeunes filles de son milieu, elle fait des études. Un milieu exceptionnel qui réunit les gens cultivés proches de Charles V. Elle apprend le français, le latin sans pour autant oublier sa langue maternelle : l’italien. Elle commence à composer des poèmes lyriques, qui lui valent l’admiration de la cour.

15 ans, l’âge du mariage. Dès ses 15 ans, son père décide de la marier à Étienne Castel, un noble picard. Le mariage est célébré en 1380. Comme le voulait l’usage au moyen-âge, Christine portera toujours le nom de son père Thomas de Pizan.

Médecin officiel de Charles V, Thomas de Pizan est également un agent diplomatique entre la France et Venise. Cependant, pour asseoir sa position, il a besoin de faire alliance avec une famille française par le mariage de sa fille. Il choisit Étienne de Castel « un jeune écolier gradué, bien né et de nobles parents de Picardie », écrit Christine. De son côté, cette famille picarde cherche un protecteur influent pour son jeune diplômé, promis à un bel avenir. Christine représente un beau parti eu égard à l’honneur et à l’amour que porte Charles V à son père. Comme elle l’écrit dans la Cité des Dames , elle n’eut qu’à se féliciter du choix de son père : « Celui que tu as eu te convenait si parfaitement que tu n’aurais pu demander mieux ; nul, à ton avis, ne put jamais le valoir en bonté, en douceur, en loyauté et tendre amour ».

« Brouet de cour n’est pas héritage »

Hélas, la mort de Charles V, le 16 septembre 1380, prive la famille de Pizan de ses revenus. Les oncles du jeune Charles VI ne goûte absolument pas les marottes astrologiques de leur frère aîné et ont bien d’autres chats à fouetter avec la vague de révolte qui secoue la France.

Thomas de Pizan, plutôt cigale, se trouve privé de ses revenus et pour tout arranger tombe malade. Christine en tire une ligne de conduite « Prudente épargne en jeunesse, secourt l’homme en sa vieillesse »

Après la mort de Thomas en 1387, la famille reste sous la sage direction d’Étienne de Castel dont les revenus de notaire et secrétaire du roi suffisent à la famille pour mener grand train. Tous les espoirs sont permis à l’ambition du jeune et talentueux Étienne que Christine décrit dans le livre de l’Advision : « il était en sa fleur, apte et préparé et sur le point, tant par sa science que par sa sage et prudente administration et gouvernement, de monter en haut degré. » Le roi choisit Étienne pour l’accompagner à Beauvais, ville ravagée par une épidémie qui coûtera la vie au jeune homme.

Le temps du veuvage

Avec la mort d’Étienne, Christine passe du bonheur au malheur, de la prospérité à la gêne, de la vie facile d’une dame de cour à celle qui doit gagner son pain avec sa plume et à la sueur de son front, note Françoise Autrand, historienne. Submergée par le chagrin, Christine aurait voulu mourir. Elle se serait jetée à la mer si sa famille ne l’avait retenue car c’est elle désormais qui dirige la nef de la famille : trois enfants, sa mère et une nièce à marier. Comme à chaque étape de sa vie, elle fait de son veuvage un récit allégorique.

Elle raconte, en prose et sans métaphore, le naufrage de son bonheur : « Mort me le prit en la fleur de jeunesse, à l’âge de 34 ans, et moi, à 25 ans, je demeurai chargée de trois enfants petits et de grand ménage. En voyant venir le flot des tribulations qui sur moi accourait, je désirais plus mourir que vivre et, n’oubliant pas ma foi et ma bonne amour promise à lui, je décidai en sain propos de jamais autre n’avoir ». Elle n’aura jamais d’autre époux et la complainte sur son bien-aimé remplit toute son œuvre : seulette je suis…

 

Seule suis, et seulette veux être

Seule m'a mon doux ami laissée.

Seule suis, sans compagnon ni maître,

Seule suis, dolente et courroucée,

Seule suis, en langueur malaisée,


Seule suis, plus que nulle égarée,

Seule suis, sans ami demeurée.

Seule suis, à huis ou à fenêtre,
Seule suis, en un anglet muciée,
Seule suis, pour moi de pleurs repaître,
Seule suis, dolente ou apaisée,
Seule suis, rien qui tant messiée,
Seule suis, en ma chambre enserrée,
Seule suis, sans ami demeurée.

Seule suis, partout et en tout aître,
Seule suis, que je marche ou je siée,
Seule suis, plus qu'autre rien terrestre,
Seule suis, de chacun délaissée,
Seule suis, durement abaissée,
Seule suis, souvent toute éplorée,
Seule suis, sans ami demeurée.

Princes, or est ma douleur commencée :
Seule suis, de tout deuil menacée,

Seule suis, plus teinte que morée,
Seule suis, sans ami demeurée.


Après le temps des larmes vient celui du chef de famille. A vingt-cinq ans, Christine est loin de posséder l’expérience et le sens pratique des affaires d’autant que son mari la laissait dans l’ignorance la plus totale en ce domaine. Elle sera en procès pendant plus de vingt ans pour récupérer son dû. Les procès, gémit-elle, c’est la pâture des veuves. Elle en fera une ballade :

« Hélas ! Où donc trouveront réconfort

Pauvres veuves de leurs biens dépouillées

Puisqu’en France où se trouvait le port

De leur salut, et où les exilées

Pouvaient fuir, et les mal conseillées

Désormais n’y ont plus d’amitié ? »

En dépit d’une situation financière catastrophique, Christine s’attache à tenir son rang sans déchoir : elle reste élégante en surcot écarlate et manteau fourré de gris. Sa maison est bien tenue. Sa chambre est tendue de draps et de tapisseries soignés. Son lit est drapé avec élégance. Mais ce luxe apparent ne l’empêche pas de frissonner sous les fourrures car elle a réduit son ordinaire « le repas est sobre comme il convient chez une veuve. Elle fait face et vend en 1392, les biens de son père.

Elle puise le réconfort dans l’écriture. Elle trouve du travail en tant que gestionnaire d'un scriptorium, où elle supervise le travail des calligraphes, des relieurs et des miniaturistes. Pendant son temps libre, elle écrit, puisant l'inspiration dans les riches lectures qui la nourrissent depuis l'enfance. 

Pour gagner un peu plus d'argent, Christine commence à envoyer les poèmes qu'elle compose à des personnalités influentes, dans l'espoir d'obtenir leur patronage.

Son audace porte ses fruits. Ses ballades romantiques plaisent à l’aristocratie française.


La femme de lettres

Pour répondre aux commandes des princes, Christine, produit de petites pièces lyriques à formes fixes : rondeaux, ballades, virelais, qui, à l’origine, étaient des chansons à danser. Ils obéissent à des règles fixes pour les rimes, les strophes, les refrains. Bel esprit et femme du monde, Christine excelle dans les jeux d’écriture poétique qu’elle vend lors de soirées dans les châteaux comme : je vous vends (dans le sens de je vous offre) :

 « Je vous vends la passe-rose

Belle. De vous dire je n’ose

Comment Amour vers vous me tire

L’apercevez-vous sans le dire.

 

« Je vous vends du rosier la feuille.

Je prie le Dieu d’Amour qu’il veuille

Vite m’octroyer tant de grâce

Pour que j’acquière votre grâce »

 

« Je vous vends la violette.

De joie mon cœur volette

Quand je vois votre doux visage

Le plus beau de tous à mon gré. »

 

 « Je vous vends la claire fontaine.

Je vois bien que je perds ma peine

Madame de tant vous demander

Car je ne peux rien obtenir.

Bonheur avec vous est maudit.

Je m’en vais et Adieu vous dit. »


Elle organise également des débats en forme de ballades, des anagrammes comme « escrinet » où l’on reconnaît le couple uni pour l’éternité d’Étienne et de Christine. Jeux qui constituent des joutes poétiques.

Elle excelle également dans les poésies courtoises, qui mettent généralement en scène une femme si belle, mystérieuse, vertueuse et aimable qu'elle envoûte le chevalier, qui se met alors à son service et n'a de cesse de la protéger. Toutefois, les femmes sont fréquemment présentées comme des tentatrices (comme dans les fabliaux) qui réduisent à néant la vertu du chevalier. La poésie de Christine reprend souvent ces thèmes mais les décline de façon plus personnelle et tente d'en gommer les éléments misogynes.

Ainsi en 1406, elle compose pour la reine Isabeau de Bavière Les Cent Ballades d’amant et de dame, qui couronne un pan important de son œuvre en vers, consacré aux relations entre les hommes et les femmes, en contexte courtois. En 102 poèmes (100 ballades, précédées d’une ballade-prologue et suivies d’un lai lyrique), la poétesse conte une histoire d’amour. La ballade, qui fait tourner le poème autour d’un refrain, en trois strophes et un envoi, était très en vogue, en France comme en Angleterre.

Hélas, ces poésies lui valent de nombreuses critiques et médisances : est-ce l’affaire d’une veuve que d’écrire des vers d’amour ? On lui prêtera même une liaison qui s’avérera sans fondement. Il faut dire qu’à l’époque, une jeune veuve ni remariée, ni retirée dans un couvent était une situation peu banale.

En dépit de son veuvage Christine ne renonce pas à la vie mondaine de la cour. C’est sa manière à elle de rebondir. Son talent poétique lui permet de tenir son rang. D’ailleurs son cercle mondain en ville et à la cour lui forge une réputation et la pousse à réaliser un premier recueil, les cent ballades qu’elle présente à la cour de France qui l’encourage à écrire davantage grâce à son soutien financier. Ainsi débute sa carrière littéraire.

Dès 1405, la poétesse use de sa maîtrise technique des formes fixes pour y déployer un lyrisme personnel. Détournant les genres traditionnels, Christine de Pizan confie ainsi à ses vers aussi bien l’expression de son deuil que l’affirmation conquérante d’une féminité qui devient le cœur même de sa poésie…  Ainsi, La Vision, en 1405, s’insère dans un cadre allégorique. Christine s’adresse à Dame Philosophie et raconte dans quelles circonstances elle est devenue écrivain, après la mort de son mari, et souligne avec fierté l’importance de l’œuvre déjà accomplie.

« Alors je me mis à forger de jolies choses, plus légères au commencement, et tout comme l’ouvrier qui devient de plus en plus subtil dans ses œuvres à force de les pratiquer, en continuant toujours à étudier diverses matières, mon intelligence s’imprégnait de plus en plus de choses nouvelles, et mon style s’améliorait, gagnant en subtilité et touchant de plus hautes matières, depuis l’an mille trois cent quatre-vingt dix-neuf où je commençai, jusqu’en cette année mille quatre cent cinq où je ne cesse de continuer ; j’ai compilé pendant ce temps quinze volumes principaux, sans compter les autres petits poèmes séparés, et l’ensemble remplit environ soixante-dix cahiers de grand format, comme on peut le vérifier ».

La vision constitue le premier récit autobiographique en langue française.


Succès Outre-Manche

La réputation de Christine franchit la Manche. Très tôt, elle est connue à la cour de Richard II d’Angleterre où l’on ne parle que le français. Veuf à 29 ans, Richard II se remarie (ou plutôt est remarié) à Isabelle la fille du roi de France, âgée de 6 ans !!! Un mariage de convenance pour consolider l’accord de paix avec l’Angleterre et entre deux lignées ennemies. Elle sera à la fois sa fille et sa femme. Il la dressera à la manière des éléphants c’est-à-dire de bonne heure. Les ambassadeurs anglais arrivent à Paris parmi lesquels le comte de Salisbury. Épris de poésie, il souhaite ramener de France un compagnon de jeux pour son fils Thomas. Son choix s’arrête sur Jean, le fils de Christine.

Ses relations avec la cour de France et celle d’Angleterre lui ouvrent les portes du couvent des Dominicaines à Poissy pour sa fille. Ce couvent n’accueillait que des jeunes filles du plus haut rang. Dans le sillage des demoiselles de Compiègne et de Marie de France (fille de Charles VI et de la reine Isabeau), sa fille Marie, qui veut être religieuse, a le privilège de rejoindre cette institution. En 1399, au moment où Christine publie son premier livre, ses deux enfants sont casés, le troisième étant décédé en bas âge.

Première querelle littéraire française

A 40 ans, Christine veut donner une image d’intellectuelle. Elle se sent douée pour les études. A longueur de vers et de prose, elle exprime regrets et frustrations d’avoir été interdite d’études dans sa jeunesse :

« Je suis comme les amoureux

Bien ardents et bien désireux

Qui ne peuvent voir ni ouïr

Ce dont désirent à jouir

De ce leur ressemble en ce pas

Car je désire ce que je n’ai pas

C’est le trésor du grand savoir ».

Libérée du gros de ses soucis, elle peut enfin se plonger dans l’objet de ses désirs : les livres. Elle replonge dans l’histoire ancienne des Hébreux, des Assyriens, des Romains, des Français et des Bretons et enfin dans les livres de poètes dont la consolation de Boèce et la divine comédie de Dante. Elle sent naître sa vocation d’écrivain. Bien entendu, il se trouve des hommes pour critiquer cet écrivain en jupon qui a une soif inextinguible d’apprendre. Un jour, l’un d’entre eux lance que ce n’est pas l’affaire des femmes d’être savantes. La preuve c’est qu’il y en a peu en ce cas...La réponse ne se fait pas attendre : si ce n’est pas l’affaire des femmes d’être savantes, c’est encore moins celle des hommes d’être ignorants. Elle a du caractère la petite Christine.

Difficile, à l’époque d’échapper à ce genre de réflexion puisque dans le petit cercle des lettrés parisiens, chacun sait ce que l’autre lit d’autant que pour lire un livre, il faut se le faire prêter. Les historiens pensent que Christine lisait déjà beaucoup avant la mort de son mari et qu’elle poursuit son auto-éducation en ayant accès à la bibliothèque du roi, dont Gilles Mallet, membre de la colonie italienne, en était le gardien.

Elle récidive en lançant une pierre dans le jardin de ses ennemis intimes, les clercs (fonctionnaires de l’Eglise), admirateurs du Roman de la Rose, avec son Dit de la rose. Elle critique ouvertement cette œuvre poétique à succès, composée vers 1230 par le poète Guillaume de Lorris, dont on ne sait rien d'autre, et la seconde par Jean de Meung vers 1275. Christine estime que la partie de Jean de Meung est méchamment misogyne, en décrivant la femme comme une vile tentatrice et séductrice, la source de tous les maux du monde, avec des allusions érotiques, sexuelles. 

Christine provoque ainsi la première querelle littéraire française.

Christine la biographe.

Christine a de quoi susciter la jalousie de ses détracteurs. Entre 1402 et 1403, elle compose un long poème de 6 000 vers « le chemin de longue étude ». Elle y met en scène quatre Dames Noblesse, Chevalerie, Richesse et Sagesse en quête d’un homme parfait pour gouverner le monde et y rétablir la paix et l’harmonie. Il constituera la base du «livre des fais et des bonnes mœurs du sage roi Charles V ».

En effet, en 1404, alors que la France est en proie à la période la plus noire de la guerre de cent ans, le duc de Bourgogne Philippe le Hardi, souhaite rendre hommage à son frère Charles V dit le sage, décédé 24 ans plus tôt. Il sollicite Christine, témoignant ainsi de la haute estime dans laquelle il tient cette femme de lettres, qui s’est acquise une solide réputation dans le monde des clercs et des hommes de pouvoir.

Le portrait qu'elle fait du roi coïncide avec celui qu'en feraient les historiens modernes. Elle dépeint un homme de bureau, efficace et compétent, autrement plus performant que les rois batailleurs qui l'ont précédé. La poétesse investit ainsi un champ proprement masculin pour rappeler à tous les droits et les devoirs d’un bon seigneur en temps de guerre. Elle dépasse le cadre étroit de la biographie et conçoit un manuel de bon gouvernement organisé autour de trois vertus  : le courage, la chevalerie et la sagesse incarnées par Charles V.

Christine la visionnaire

S’inspirant de l’œuvre de Boccace, Christine de Pizan construit, entre 1404 et 1405, une ville imaginaire : la Cité des Dames. Elle démonte un à un, les préjugés dont sont victimes les femmes de l’époque. Elle décrit une société allégorique, dont les fondements sont la Raison, la Droiture et la Justice.

Elle imagine une ville occupée par des femmes remarquables de l’histoire : la poétesse Sappho ;  Sémiramis, la seule femme à avoir jamais régné sur l’empire assyrien ; Zénobie, la reine de Palmyre qui conquit l’Égypte avant de prendre d’assaut des provinces romaines ; Eve et Esther, grandes figures des femmes rebelles des Écritures bibliques ; la Vierge Marie ; Sainte-Cécile, mariée de force à un Romain participa à sa conversion à la religion chrétienne et l’amena à respecter son vœu de virginité.

Dans cet ouvrage, elle aborde le viol, l’égalité des sexes, l’accès des femmes au savoir. Elle insiste sur l’importance de l’éducation pour former des femmes vertueuses et fortes. Un passage dit ainsi : « S’il était d’usage d’envoyer les petites filles à l’école comme les garçons... elles apprendraient elles aussi toutes les subtilités des arts et des sciences». Christine souligne que seuls les hommes idiots considèrent qu’il est mauvais pour les femmes d’être éduquées « parce que cela leur déplairait que les femmes en sachent plus qu’eux».

La Cité des Dames est suivi du livre des Trois vertus. Un guide pratique destiné aux femmes pour les aider à prendre soin d’elle-même, de leur maison, des terres et des affaires de leur mari, eu égard aux difficultés auxquelles elle a été confrontée lors du décès de son mari.

Chrisitne conseiller militaire

Christine fut contemporaine de la guerre de Cent Ans, un conflit entrecoupé de trêves plus ou moins longues, de 1337 à 1453. En 1410, la guerre sous toutes ses formes fait rage : guerre avec les Anglais, guerre civile, guerre des princes. La violente répression bourguignonne fait de nombreux mécontents. La colère gronde. Christine prend la plume pour écrire le livre des faits d’armes et de chevalerie, un véritable traité d’art de la guerre. Ce sera un best-seller avec au moins 18 exemplaires. (l’imprimerie n’existait pas tout était calligraphié à la main). Cette fois pas d’extravagance allégorique. Christine s’adapte à son public : les chevaliers. Elle insiste sur l’importance du professionnalisme à tous les niveaux de la hiérarchie . On est loin de la poésie courtoise.

Le 28 avril 1412, les différentes parties concluent un accord de Paix. Paris respire, les princes réconciliés banquettent. Les bonnes gens allument des feux dans les rues. Dans la liesse générale, Christine commence un nouveau livre : le livre de la Paix (suite du livre des faits et bonnes mœurs du sage roi Charles V). Une série de conseils de gouvernance pour l’héritier du roi Charles VI un jeune prince de 15 ans, le dauphin Louis duc de Guyenne. Bon sang ne saurait mentir surtout celui de Saint-Louis. Elle y croit.

Hélas, la première partie du livre est à peine achevée que la guerre civile reprend de plus belle. Découragée, Christine pose sa plume jusqu’au 3 septembre 1413, date à laquelle les différentes parties enterrent la hache de guerre à Pontoise. Mais deux ans plus tard, la défaite d'Azincourt suivie de la mort subite du jeune prince à 18 ans, décourage Christine. Elle se retire de monde et de la société des lettres et entre au couvent de Poissy où des années auparavant sa fille avait prononcé ses vœux.

Elle cesse d’écrire pendant plusieurs années. Seule Jeanne d’Arc la tire de sa trêve car elle ressuscite ses espérances. Les Anglais qui sont prêts à prendre Orléans sont vaincus par la Pucelle qui renverse le cours de la guerre. Christine reprend sa plume et écrit Le Dit de Jeanne d’Arc, saluant la jeune fille qu’elle considère comme une nouvelle lumière pour les Français. On sait ce qu’il en fut pour la jeune fille et Christine achève sa carrière de femme de lettres au couvent de Poissy où elle s’éteint à l’âge de 65 ans

Célèbre en son temps parce qu’elle était une femme savante, Christine de Pizan par son œuvre a ouvert une réflexion sur le statut et le rôle des femmes. Malheureusement, elle est tombée dans les oubliettes de l’histoire parce qu’elle était femme. Merci aux féministes d’outre-Atlantique du XXème siècle d’avoir réhabilité l’œuvre d’une femme visionnaire qui réclamait pour les filles, le droit de faire les mêmes études que les garçons..Et comme le souligne Simone de Beauvoir, dans « Le Deuxième sexe, Christine de Pizan est « la première femme à avoir pris sa plume pour défendre son sexe ».

Mireille HEROS

 

Bibliographie

Christine de Pizan : Françoise Autrand

Christine de Pizan, première femme de lettres française –National Géographic

Le récit d’une vie, Anne Paupert BNF

Promenade en Féminie : Christine de Pizan, un imaginaire au féminin - Thérèse Moreau – Antipodes - CAIRN Infos

Encyclopédie de l’histoire du monde

Wikipédia

BNF Gallica

La cité des dames, Christine de Pizan

Cent ballades d’amour et d’amant, Christine de Pizan

Le chemin de longue étude, Christine de Pizan