
Anna Andreïevna Gorenko voit le jour près d’Odessa en 1889. Elle grandit dans un milieu aisé à Tsarskoïe Selo, où elle commence à écrire très jeune. Son père craignant pour la réputation de son nom, elle choisit pour nom de plume celui de son arrière-grand-mère tatare, Akhmat : Anna Akmatova
Jusqu’à l’âge de 16 ans, elle vit dans un milieu aisé, apprend le français, très apprécié à l’époque par la bourgeoisie russe. Dès l’adolescence, elle fait preuve d’originalité, et même d’un certain féminisme en décidant de ne pas porter de corset en signe d’émancipation. Dès l’âge de dix ans, elle sera confrontée à la tuberculose qui l’accompagnera jusqu’à la fin de ses jours en 1966.
De par son éducation, elle est imprégnée de Verlaine, Baudelaire et Pouchkine. Elle écrit son premier poème à l’âge de dix ans. Après la séparation de ses parents en 1905, elle vit avec sa mère. Elle fréquente le lycée de jeunes filles Foundoukleïeva de Kiev puis entreprend des études de droit dans une école pour filles de la bonne société. Elle s’en désintéresse rapidement pour se consacrer uniquement à la poésie et à la littérature. Elle retourne à Saint-Pétersbourg qui restera sa patrie spirituelle.
Elle rencontre le poète Nikolaï Goumiliov, qu'elle finit par épouser en 1910, après qu'il lui a fait une cour assidue pendant plusieurs années. Le mariage consommé, il laisse Anna et part en Afrique pendant neuf mois. A son retour, Goumiliov fonde en 1911 la guilde des poètes dont font partie Ossip Mandelstam et et Mikhaïl Lozinski.
Pendant deux ans, Anna voyage dans le nord de l'Italie et à Paris, où elle rencontre entre autres Amedeo Modigliani. Il en résultera une amitié amoureuse, une complicité artistique. Ses dessins de la poétesse sont depuis devenus célèbres. : « Il ne me dessinait pas sur le vif mais une fois seul chez lui. Il m’offrait ses dessins. Il y en eu seize. Ils ont été détruits dans ma maison de Tsarkoe Selo, aux premiers temps de la Révolution. Un seul en a réchappé.»* Dans ces souvenirs rédigés à la fin de sa vie, entre 1958 et 1965. Elle raconte l’homme et le Paris qu’elle a connus en 1911, la culture russe en scène, le banc au jardin du Luxembourg, les vers de Verlaine, le département égyptien du Louvre dont les œuvres fascinaient Modigliani, les grandes figures de l’art et de la littérature en ce XXème siècle en devenir, le regard et la misère du peintre. « J’ai encore en mémoire ses mots : Sois bonne – sois douce ! Il me le disait sous l’emprise du haschisch, couché dans son atelier, à demi conscient. Ni bonne, ni douce, je ne le fus jamais avec lui. » Cependant, elle dédie ce poème :
« J'ai de la gaieté quand tu es ivre —
Tes récits n'ont aucun sens,
L'automne précoce a étendu
Des drapeaux jaunes sur les ormes.
Tous deux dans le pays trompeur
Nous avons erré et nous en mordons les doigts,
Mais pourquoi arborons-nous ce sourire
Étrange et figé ?
Nous voulions la torture qui pique
Plutôt qu'un bonheur sans nuages...
Je ne quitterai pas mon compagnon,
À la fois libertin et tendre. »
