Au moment où Jean Orizet vient de nous quitter, rappelons-nous qu’il fut le poète de notre temps qui a su, lors de ses nombreux voyages, sa véritable passion, marquer de son sceau sa poésie.
Ses poèmes représentent le vrai carnet d’un voyageur comblé par la découverte que lui procurent ses escapades au bout du monde tout en décrivant les misères, les violences, les famines qu’il découvre à cette occasion.
Jean Orizet a inventé la notion d‘Entretemps », un lieu ignoré des horloges diront certains !
Au plus profond de lui, se mêle un sentiment d’inquiétude face à un univers dont il découvre les merveilles à travers la nature comme les créations de l’homme où se côtoient ici le songe et la réalité mais aussi le monde de genèse et le monde industriel.
Il nous emmène parfois entre les lignes de sa poésie dans une sorte d’errance à la fois sensuelle et pessimiste.
Né près de Marseille, élevé en Bourgogne et étudiant aux Etats Unis, Jean Orizet a toujours aimé les voyages qu’il considérait comme une ouverture à l’inconnu.
Poète, éditeur et critique, Directeur fondateur de la revue Poésie , il obtient de nombreux prix dont celui en 1991 de la poésie de l’Académie Française pour so oeuvre.
Membre de l’Académie Mallarmé et de l’Académie Européenne de la poésie, il nous lisse de nombreux poèmes et essais mais surtout sa dernière Anthologie de la poésie française, véritable livre de chevet des poètes en herbes.
Il nous décrit ici avec un certain émerveillement l’histoire de la poésie au fil du temps.
Il considère :
« Qu’elle n’est pas linéaire ; elle est agitée d’impulsions et de réactions, de retours nostalgiques ou mythologiques aux origines et de projections vers l’avenir ou l’utopie ».
Il dira : « Le poète est toujours en avance sur son temps, mais il en dit aussi la mémoire à ses contemporains oublieux ; il est rêveur d’éternité ».
Extrait d’un de ses carnets de voyage :
Monument Valley
La Vallée des monuments sert de frontière entre l’Arizona et l’Utah.
Ici, le temps sculpteur a produit des chefs-d’oeuvre de grés rouge, avec l’érosion pour ciseau.
En un désordre infructueux, il a taillé ses cathédrales, crénelé ses châteaux, affuté ses autels, ciselé ses forteresses, érigé ses totems.
Grignotées, les couches dures et tendres élancent vers le ciel leurs profils nés de l’usure, que chaque seconde use encore emportant, grain à grain, l’ensemble vers la mer.
Rien ne bouge en apparence mais dans le temps géologique, ces mouvements, à notre insu, fondent comme neige au soleil à chaque tempête de sable, à chaque orage d’été, sous les cassures opposées du gel et de la brulure.
Voici un moment figé du cycle de la genèse, constructions, reconstructions mêlées, cliché instantané de l’entretemps cosmique.
Rina Mallone-Dupriet
Le 24 Octobre 2026