Académie de la Poésie Française Pérenniser et faire rayonner la poésie classique et néo-classique en France et à l’étranger

Jean Orizet, la poésie était sa vie

Poète, éditeur, anthologiste, ardent défenseur de la vie littéraire, Jean Orizet a rejoint les étoiles du Parnasse le 16 septembre 2026 à l’âge de 89 ans.

Poète, éditeur, anthologiste, ardent défenseur de la vie littéraire, Jean Orizet a rejoint les étoiles du Parnasse le 16 septembre 2026 à l’âge de 89 ans. En 2023, il avait dû renoncer pour des raisons de santé, à présider la cérémonie de remise des prix du concours « Un poème pour la paix », organisé par l’Académie de la Poésie Française sous le patronage de l’UNESCO.

Jean Orizet a contribué à populariser la poésie en lançant en 1969, la revue Poésie 1, destinée à être lue par tous grâce à son format de poche et un prix modique de 1 franc soit le prix d’un ticket de métro de l’époque. Entre 1969 et 2007, près de deux cents numéros seront ainsi publiés.

Dans la préface de son Anthologie la poésie de langue française parue en 1988 aux éditions du Cherche-Midi et rééditée cinq fois, il souligne que « rien de ce qui est humain n’est étranger à la poésie et que celle-ci est la vie même ». Composer une Anthologie thématique de la poésie de la langue française en un seul volume représentait un véritable défi qu’il a relevé avec brio. Avec une vingtaine d’entrées, cet ouvrage se veut être la quintessence du patrimoine poétique français, des origines au XXème siècle. « Longtemps, les anthologistes patentés ou amateurs, comme Georges Pompidou, ne donnaient à lire que des poètes morts, laissant à la postérité le soin de trancher, poursuit-il. Peu à peu, des poètes plus contemporains firent leur apparition dans les choix proposés mais il fallait pour cela qu’ils eussent au moins le prix Nobel ou, à défaut un grand prix d’académie » Pour sa part Jean Orizet a voulu faire lire de la poésie en train d’être écrite avec tous les risques d’appréciation que cela pouvait comporter. Il y eut des réticences, il a dû se battre avec l’éditeur mais le succès a été au rendez-vous.

Né à Marseille, le 5 mars 1937, Jean Orizet était une figure reconnue de la scène poétique française. Depuis Errance en 1962 jusqu'à L'étincelle du temps, un récit de mémoire, en 2025, ses recueils ont été traduits en une vingtaine de langues. Il a co-créé les éditions du Cherche-Midi qu'il dirigera pendant 30 ans. Il y a publié de nombreuses anthologies, comme "Le petit livre des pensées amoureuses", "Les cent plus beaux poèmes de la langue française", ou encore « les cent plus beaux textes » sur le vin avec son frère Louis Orizet œnologue, « Les poètes et le rire »...

Dans les poètes et le rire, on retrouve les plumes d’Alphonse Allais, Pierre Desproges. Tandis que dans l’anthologie sur le vin, Rabelais, Toulet, Valéry, Vigny font l’éloge du vin, de la nature, de l’art de vivre, de l’amour, de la fête, de la religion. En un mot : tout ce qui fait notre civilisation.

 

Poète et humaniste, Jean Orizet a voyagé dans le monde entier, notamment comme missionnaire de la Direction culturelle du Ministère des Affaires étrangères et de l'Alliance française. Son œuvre a été couronnée par de nombreuses distinctions : grand prix de l’Académie Française pour l’ensemble de son œuvre (1991), prix Guillaume-Apollinaire (1982), grand prix de la Société des gens de lettres (2009).

 

Mais nous poètes, nous retiendrons sa devise : "Pourquoi écrire et lire de la poésie? Pour vivre mieux et plus haut"

 

Mireille HEROS

Une oeuvre qui s’inscrit dans la lignée des grands écrivains voyageurs et humanistes

Au moment où Jean Orizet vient de nous quitter, rappelons-nous qu’il fut le poète de notre temps qui a su, lors de ses nombreux voyages, sa véritable passion, marquer de son sceau sa poésie.

Ses poèmes représentent le vrai carnet d’un voyageur comblé par la découverte que lui procurent ses escapades au bout du monde tout en décrivant les misères, les violences, les famines qu’il découvre à cette occasion.

Jean Orizet a inventé la notion d‘Entretemps », un lieu ignoré des horloges diront certains !

Au plus profond de lui, se mêle un sentiment d’inquiétude face à un univers dont il découvre les merveilles à travers la nature comme les créations de l’homme où se côtoient ici le songe et la réalité mais aussi le monde de genèse et le monde industriel.

Il nous emmène parfois entre les lignes de sa poésie dans une sorte d’errance à la fois sensuelle et pessimiste.

Né près de Marseille, élevé en Bourgogne et étudiant aux Etats Unis, Jean Orizet a toujours aimé les voyages qu’il considérait comme une ouverture à l’inconnu.

Poète, éditeur et critique, Directeur fondateur de la revue Poésie , il obtient de nombreux prix dont celui en 1991 de la poésie de l’Académie Française pour so oeuvre.

Membre de l’Académie Mallarmé et de l’Académie Européenne de la poésie, il nous lisse de nombreux poèmes et essais mais surtout sa dernière Anthologie de la poésie française, véritable livre de chevet des poètes en herbes.

Il nous décrit ici avec un certain émerveillement l’histoire de la poésie au fil du temps.

Il considère :

« Qu’elle n’est pas linéaire ; elle est agitée d’impulsions et de réactions, de retours nostalgiques ou mythologiques aux origines et de projections vers l’avenir ou l’utopie ».

Il dira : « Le poète est toujours en avance sur son temps, mais il en dit aussi la mémoire à ses contemporains oublieux ; il est rêveur d’éternité ».

Extrait d’un de ses carnets de voyage :

 

Monument Valley

La Vallée des monuments sert de frontière entre l’Arizona et l’Utah.

Ici, le temps sculpteur a produit des chefs-d’oeuvre de grés rouge, avec l’érosion pour ciseau.

En un désordre infructueux, il a taillé ses cathédrales, crénelé ses châteaux, affuté ses autels, ciselé ses forteresses, érigé ses totems.

Grignotées, les couches dures et tendres élancent vers le ciel leurs profils nés de l’usure, que chaque seconde use encore emportant, grain à grain, l’ensemble vers la mer.

Rien ne bouge en apparence mais dans le temps géologique, ces mouvements, à notre insu, fondent comme neige au soleil à chaque tempête de sable, à chaque orage d’été, sous les cassures opposées du gel et de la brulure.

Voici un moment figé du cycle de la genèse, constructions, reconstructions mêlées, cliché instantané de l’entretemps cosmique.

Rina Mallone-Dupriet

Le 24 Octobre 2026